L’église

Extrait de « Eglises et Chapelles de la Haute-Garonne » par Jean Coppolani et AREC 31.
Editions de l’Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne (avec l’autorisation de M. L’Abbé Jean Rocacher)

Saint-Hilaire,
en latin : Sanctus Hilarius,
en occitan : Sant-Alary


La petite commune de Saint-Hilaire était sous l’Ancien Régime une « communauté d’habitants » dont la première mention comme unité « civile » est contenue dans un arrêt du Parlement de Toulouse de 1633 relatif à la confection du « Livre Terrier » (le cadastre) de la communauté. Mais un lieu de Saint-Hilaire est déjà mentionné dans un document du cartulaire de l’abbaye de Lézat dont la date de situe entre 997 et 1030, et en 1318 la bulle de délimitation du nouveau diocèse de Toulouse mentionne le prieuré féminin de l’Oraison Dieu, de l’ordre de Citeaux, situé « au lieu de Saint-Hilaire dans l’archiprêtré de Lherm ».

L’histoire de ce prieuré reste à faire. L’esquisse qu’en a tentée Victor Fons voici un siècle et demi place sa fondation entre 1126 et 1149. Uni à l’abbaye d’Eaunes en 1444, de nouveau indépendant en 1615, le prieuré abandonne en 1645 son emplacement primitif pour s’établir dans la ville de Muret, près de l’église paroissiale Saint-Jacques. En 1761, le prieuré est réuni au couvent toulousain des Salenques et les locaux de Muret vendus au subdélégué d’Alayrac qui en fait sa résidence privée. Un lieu-dit l’Oraison, sur la rive droite de la Louge à un kilomètre environ du village actuel, marque sur la première édition de la carte d’Etat-Major (1859), l’emplacement du couvent primitif, réduit au XVIIIe siècle à une métairie, mais rien ne nous renseigne sur son architecture.

A côté de cet établissement religieux, une visite pastorale de la fin du XVIe siècle mentionne l’existence de trois églises sur le territoire de Saint-Hilaire. En 1746, une autre visite pastorale précise que les religieux ont leur résidence à Muret, mais qu’il existe une chapelle au lieu de l’Oraison-Dieu, distincte de l’église du village. Celle-ci est une annexe de Lavernose, avec pour titulaire Saint-Hilaire et pour patron le prieur d’Uzeste au diocèse de Bazas. Depuis le Concordat de 1801, c’est une paroisse du doyenné de Muret, passée ensuite au doyenné de Rieumes, desservie ensuite par le curé du Lherm par doyenné de St-Lys [NDLR : et actuellement desservie par Muret].

Historique

L'EGLISE DE SAINT-HILAIRE

L’église, visitée en 1746 par l’archevêque Antoine de la Roche-Aymon, est un bâtiment « solide » et « bien couvert », au sol pavé, éclairé par de grandes fenêtres et qui ne possède qu’un seul autel. Il n’existe pas de sacristie ; les fonts baptismaux sont en bon état, le clocher est en cours de construction – ce qui pourrait indiquer une église neuve encore inachevée. Mais à la fin du siècle, Loménie de Brienne dont l’épiscopat va de 1762 à 1787, note que l’église est en partie écroulée et que les fidèles doivent se rendre à Lavernose pour assister à la messe. Peut-être y avait-il eu des malfaçons ?

En 1834, une nouvelle visite pastorale de Mgr d’Astros fait état d’une église pavée de briques dans la nef et de pierre dans le chœur, avec un autel en bois peint muni d’un tabernacle « vieux » et doré, un appui de communion en bois ; enfin, il existe une chapelle. Mais, si l’on en croit la délibération du Conseil municipal du 27 février 1856, cette église « délabrée », « éloignée du village, près du chemin de Muret à Lavernose » [NDLR : aujourd’hui voie Romaine], dans un terroir humide (au bord de la Louge) et desservie par un chemin « impraticable » (sans doute l’emplacement actuel du cimetière), ne peut plus satisfaire aux besoins de la paroisse et doit être remplacée.

En exécution de cette décision, un plan et un devis sont demandés à l’architecte toulousain Delort, qui avait notamment réalisé à Toulouse l’église Saint-Aubin. Le terrain, donné par un sieur Bribes, est situé au carrefour central de la commune, à la rencontre de la route actuelle de Toulouse à Muret et Lavernose et au-delà avec la route de Lherm [NDLR : emplacement actuel de l’église du village au croisement de l’avenue de Gascogne avec les avenues Tolosane et du Mont Valier). Plan et devis sont remis le 10 septembre 1856 : ils proposent une église à nef unique de trois travées, avec un chœur pentagonal flanqué au nord d’une sacristie rectangulaire ; deux chapelles également rectangulaires ouvrant sur la première travée de la nef et formant un faut transept. Le chœur sera voûté d’ogives, la nef et les chapelles d’arêtes ; les fenêtres, à raison de deux par travée et de trois à l’abside, et une au fond de chaque chapelle, seront garnies de vitraux. Sur la façade s’élèvera un clocher-mur à trois baies en tiers point, surmontant une rosace et un portail également en tiers point. Les murs seront en briques, crépis à l’intérieur et à l’extérieur. Le sol sera carrelé en briques. Le montant total du devis se monte à 14.851,47 francs, dont 2.515,90 pour les chapelles. Les travaux sont adjugés à un entrepreneur nommé Justaud, les chapelles étant réservées pour une campagne ultérieure. La première pierre est posée le 15 mars 1857 et bénie par l’archevêque Mgr Mioland.


La réception des travaux, le 14 mai 1860, porte sur la nef et le chœur voûtés et pavés, et sur la sacristie ; la façade reste inachevée. Une seconde campagne, qui n’a pas laissé de trace dans les archives, aboutit à la construction des deux chapelles, conformément au projet de Delort, et d’une seconde sacristie symétrique de la première. Elle est antérieure au 3 janvier 1898, date à laquelle le Conseil municipal décide d’achever l’église par la construction de la façade et du clocher. Le projet de l’architecte Romestin comporte un porche en avant de la nef, voûté et accompagné de deux petites salles latérales, l’une servant au dépôt des chaises et l’autre contenant l’escalier d’accès au clocher. Au lieu du clocher-mur prévu à l’origine,

celui-ci est une tour octogonale de tradition toulousaine, à un étage surmonté d’une flèche, avec une ouverture en plein cintre sur chaque face, le tout bâti en briques laissées à découvert. Une galerie en briques taillées surmonte le porche; le portail en tiers-point est encadré d’une colonnade en briques avec chapiteaux en pierre. Le sol du porche est cimenté, son plafond fait de briques. Les travaux sont adjugés le 3 août 1901 à l’entreprise Arséguel pour 11.418,31 francs. La date de la réception des travaux reste inconnue. Depuis, l’architecture de l’église n’a pas subi de modifications, mais un local municipal servant de remise au corbillard et à divers matériels appartenant à la mairie a été plaqué sur le côté sud, en avant de la chapelle.

Eglise

On se trouve ainsi en présence d’une église néo-gothique homogène, faite d’une nef de trois travées, d’un chœur composé d’une travée droite et d’une abside à trois pans, avec en avant un porche surmonté du clocher, deux chapelles ouvrant sur la dernière travée de la nef et deux sacristies flanquant le chœur. Nef, chœur et chapelles sont couverts de voûtes en tiers-point avec des ogives très minces purement décoratives ; trois doubleaux et des pilastres scandent les travées de la nef. Les fenêtres hautes sont garnies de vitraux : ceux du chœur figurent Saint Hilaire et Sainte Philomène ; ceux de la nef mêlent grisailles et couleurs vives en rinceaux et entrelacs. Le sol de la nef est dallé de briques; Une petite rose à décor non figuratif ajoure le porche en façade.

Dans le chœur est placé le maître-autel de style baroque, en marbre gris comme son tabernacle, surmonté d’un retable néo-gothique. Sur les trois panneaux de l’abside sont placés trois tableaux anonymes, dont le style paraît accuser le XIXe siècle : au centre un évêque « en gloire » sans doute Saint Hilaire, sur les côtés d’une part la Remise des clés à Saint Pierre, d’autre part un épisode mal défini de la vie de Saint Paul. La première pierre bénie par Mgr Mioland a été retirée des fondations et placée en évidence dans le chœur. Murs et voûtes du chœur et de la nef sont décorés de fleurettes et autres petites figures sur fond beige clair, suivant une mode de la fin du XIXe siècle.

Les deux chapelles, qui ouvrent sur la nef par une large baie en tiers-point, sont munies chacune d’un autel en marbre blanc, de style mal défini, et peintes en teintes claires. Celle du sud, dédiée à Notre-Dame, est ornée d’un vitrail figurant la « Femme vêtue du Soleil » de l’Apocalypse et conserve une Sainte Face en céramique, entourée d’un cordon, placée sur un chevalet ; celle du nord, dédiée à Sainte Germaine, porte un vitrail figurant sa patronne. Les noms des donateurs de ces vitraux, famille Boubes pour le premier, famille Rouzès pour le second, sont inscrits sous les figures. Au-dessus de chaque autel une niche contient une statue de la patronne de la chapelle. Les sols des chapelles sont dallées de briques comme ceux de la nef. Celui du chœur est dallé de grès.

Au revers du porche est édifiée une tribune à balustrade ajourée, renflée en son centre, le tout en bois. La cuve baptismale en pierre est installée en dessous, sur la droite.

Un toit à double pente, en tuiles canal, couvre la nef et le chœur, tandis que deux toits à pente unique, aussi en tuiles canal, couvrent de chaque côté la sacristie et la chapelle. Les murs extérieurs ont gardé leur crépi gris ; le proche et le clocher sont en briques apparentes.

  Le Pont (XIXe siècle)

Brique et pierre
Bordeneuve

LE-PONT

Construit près de l’ancienne voie romaine et également près du site de l’abbaye disparue de l’Oraison-Dieu, le pont à une seule arche de briques, en forme de galerie permet l’écoulement des eux dérivées du canal de Saint-Martory vers la Louge.

Extrait de la collection « Patrimoine des communes de Haute-Garonne »
Editions Flohic

  Le lavoir (1843)

LE LAVOIR DE SAINT-HILAIRE
Le 8 octobre 1843, le maçon charpentier de Saint-Hilaire présente au Conseil municipal et au maire le baron de Solan, le devis estimatif pour une nouvelle fontaine publique servant de lavoir. Il est précisé que le lavoir sera composé de deux bassins contigus communiquant l’eau et carrelés d’une couche de briques foraines, avec margelle et passage. Le devis se monte à 227 francs, mais l’adjudication s’en tient à 225 francs. Selon la monographie de 1883 de l’instituteur du village, Doumenjou, il existait autrefois une fontaine à côté de la fontaine publique qui aurait eu la propriété de guérir les fièvres. Elle était construite en voûte, avec une statue de la Vierge et un tronc pour recevoir les offrandes. La fontaine-lavoir a subsisté, mais la fontaine miraculeuse a été démolie.

Extrait de la collection « Patrimoine des communes de Haute-Garonne »
Editions Flohic

  La croix rogatoire place des Troubadours

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La Mission de 1934 à Saint-Hilaire

Témoignage recueilli le 10 septembre 2011, auprès de Mme Paulette Rougé, par sa fille Mme Solange Rougé, et synthétisé par Mme Janine Baudracco

En avril 1934, il y a eu à Saint-Hilaire une mission animée par le père Ourty1, en présence de l’abbé Monge2, prêtre de la paroisse. A la clôture de cette mission une croix a été érigée sur la place du village. Celle-ci a d’abord été bénie à l’intérieur de l’église, décorée de roses en papier confectionnées par les gens volontaires du village et, essentiellement, par les enfants qui faisaient la communion « dont je faisais partie ». Elle a été posée sur un brancard, puis transportée en procession pour la mise en place. Il y avait beaucoup de monde rassemblé dans l’église et sur la place, dont de nombreux paroissiens des communes environnantes3. « C’était un jour de pluie, je m’en rappelle très bien ».
Un soir, à l’occasion de cette mission, Monseigneur Saliège4 est venu à Saint-Hilaire et a prononcé un sermon.

Remarques : On n’a retrouvé ni le motif, ni le titre donné à cette mission.

1- Le père Ourty séjournait au Soulé, à titre privé. Ce prêtre est enterré à Pibrac
2- L’abbé Monge était le curé qui desservait Saint-Hilaire (il allait prendre sa retraite). A l’époque, notre commune dépendait du secteur de Muret.
3- Les invitations devaient se faire de bouche à oreille : les gents étaient très pratiquants à cette époque.
4- Le futur Cardinal Saliège (18/02/1946), archevêque de Toulouse, est venu avec un chauffeur ; il est ensuite reparti le soir même.